Chers lecteurs, en cette période de noël, il est de bon ton de se joindre aux festivités de cette fin d’année. C’est donc avec grand plaisir que j’ai rejoint pour deux jours Jean Marie Copleutre, Forestier de son état et producteur de sapins de noël dans la Sarthe. Récit d’un week-end campagnard.

les sapins du forestier

5 heures du matin, réveillé par du bruit dans la cuisine, ou est-ce les canalisations ancestrales de la bâtisse qui m’ont tiré de mon sommeil ? Je remettrai cette question à plus tard, disons 8 ou 9H, plus raisonnable à mon sens. Quoi qu’il en soit, le patriarche s’est levé. Il fait nuit noire mais pas besoin du jour pour faire de la compta sur un ordi. C’est son quotidien, l’administratif de nuit et le « vrai » boulot de jour.
8 heures, allez un peu de courage. Mais, « c’est samedi ! » fait une petite voix dans ma tête. « Tu n’es pas sorti hier », rétorque une autre…

7H. Il n’en faut pas plus pour me lever et je me retrouve finalement dans la salle à manger. Un frisson délicieux m’électrise, il parait que les sarthois mangent des rillettes sur du pain au petit déjeuner. Alléché par cette idée, je suis finalement un peu déçu par la corbeille de viennoiseries qui trône sur la table en noyer… Toute la famille est levée, deuxième café pour les maîtres de maison et premier chocolat chaud pour les deux derniers, qui peinent à ouvrir les yeux. Je me fais une petite place au coin du feu mais très vite on m’interpelle : « Où sont tes chaussures Jean ? Et au fait as-tu ramené des paires de gants ? (je crois qu’il les mange en cachette) Je t’attends derrière l’atelier… »

La cafetière est vide mais je me paye le luxe d’un bon café soluble et me voilà le nez dehors. Engoncé dans mon blouson Snickers (placement de produit quand tu nous tiens), je rattrape le bonhomme, affairé à affûter sa tronçonneuse.
Il me confie l’engin et me somme d’embarquer, je grimpe donc dans la benne attelée au bon vieux Fiatagri de 70CV. J’aimerai poser les fesses mais je ne veux pas finir la journée avec une pneumonie… Je regrette d’un coup de ne pas avoir mis des souliers cloutés tandis que je m’accroche au rebord rouillé de l’attelage.
Ça va moins vite que prévu et j’en profite pour regarder le paysage blanchi par le givre. A peine 500 mètres plus loin on arrive sur la première plantation de sapins. On ne parle pas ici de forêt mais bien d’une culture de sapins, en l’occurrence des Épicéas et des Nordmanns , les espèces les plus répandues sous notre continent.

le champ de sapins

C’est magnifique, tous les arbres ont un ruban de couleur accroché à leurs branches, ils sont classés selon leur taille et leur forme. Ça détermine plus tard le prix de vente. Je n’arrive pas à croire qu’ils ont tous été plantés en même temps. Certains font plus de deux mètres. D’autres moins gâtés par dame nature sont restés à l’état d’avorton. D’autres sont grands mais à moitié mangés par les chevreuils. Il seront difficilement vendables.

Un producteur intensif de sapins de noël s’arracherait les cheveux (il les perd de toute façon à force d’utiliser son engrais mais c’est une autre histoire). Mais pas notre homme. Les arbres abîmés ne l’angoissent pas. Cela fait partie de la nature. Il n’est pas spécialement tendre avec les arbres, mais au moins il les considère, et en prends soin. Il sourit à ses arbres. On le croirait niais mais c’est mal le connaître, C’est quelque part un philosophe, un ange gardien des arbres. Planter des arbres et s’en occuper c’est sa vie. Il ne voit d’ailleurs pas souvent les arbres qu’il a planté coupés. Eh oui, ça met du temps à pousser ces engins là. Les arbres de noël sont une exception, ceux là sont coupés entre l’age de 5 et 8 ans.

Choisir les bons sapins

Je lui demande ce qu’il compte faire des sapins à moitié mangé par les animaux. « Vois-tu », me dit-il, « Il semblerait que les chevreuils s’attachent à un arbre. Je leur laisse et au moins ils n’essaient pas sur tous les sapins. Pareil pour les ronces. C’est peu pratique pour couper les arbres mais cela les protège des animaux. »
En réalité, c’est un problème tout de même, particulièrement parce qu’il y a beaucoup d’animaux dans ce domaine. Les chasseurs ici ne sont pas à la maison et le lieu sert de refuge pour les mères et leurs petits.
« Lorsque je plante des arbres, je les mets par milliers », continue mon hôte, « Il y a certes de la perte, mais chacun s’y retrouve. »

Mais revenons à nos sapins. Le voilà à genoux en train de scier un arbre. Je lui fais gentiment remarquer que la tronçonneuse est toujours dans la benne mais je n’ai pas le temps d’aller la chercher qu’il a déjà fini. En fait, il a seulement sélectionné un arbre par ci par là. On ne remarque même pas que l’on a récolté 6 sapins de noël dans ce carré. Les autres attendront d’être choisis par une famille ou seront coupés l’année prochaine. On n’est pas à un an près. On repart vers une autre parcelle où l’on va de nouveau sélectionner quelques Nordmanns. Un téléphone sonne. M-A s’impatiente car les clients commencent à venir. « OUI J’arrive, j’arrive » s’énerve le Forestier. Jamais déconnecté longtemps finalement…

Le tracteur crache ses poumons et je me demande à quel moment le fond de la remorque va lâcher mais il s’arrête à temps. « Occupe-toi de classer les sapins je repars avec une famille pour en choisir un ». Je tâche de bien remplir mon rôle en méditant sur l’arrivée prématurée de cette famille de parisiens dans ce bled paumé pour choisir l’arbre de noël.

la benne se remplit

11H. L’activité bat son plein et tout le monde veux aller sur le terrain pour voir son sapin. Je navigue entre la scie, la tronçonneuse et la visseuse pour fabriquer les pieds à la demande. Le café coule à flot et les gens semblent contents. Certaines personnes se retrouvent et je me dis que malgré le froid c’est certainement plus convivial que la galerie marchande du Leclerc de la ferté. (Si, vous aussi vous la connaissez cette galerie, c’est la même partout).
Les clients sont tous différents, de tous milieux et de tout âge. Certains veulent des « tous petits petits sapins ». D’autres au contraire veulent un sapin très très grand, « oui oui, plus de 3m !! » nous dit cette dame venue le chercher en WW golf.

13H. ça se calme, petite pause déjeuner et on reprends à nouveau. De nouveau l’affluence jusqu’au coucher du soleil. C’est ensuite nettement moins facile d’aller crapaüter dans les bois et les retardataires doivent se contenter des (beaux) sapins encore en stock. Ils reviendront demain… ou pas marmonne le forestier qui prend sa lampe torche pour aller chercher un arbre « biscornu » comme on lui demande.

18H. On termine la journée dans la confortable pièce de vie avec un bon pot au feu et un verre d’Anjou rouge. Notre sylviculteur est fatigué et disparait dans le couloir mais les filles ne l’entendent pas ainsi et poursuivent la conversation finalement interrompue par la chouette du grenier. « Time to sleep » annonce l’ainée pour nous impressionner. Je m’enfonce dans la bâtisse pour rejoindre mes appartements.

La journée de dimanche est plus calme. Le temps est moins beau et les gens restent en famille. Je gagne en autonomie et je termine la palette de bois qui finit en pieds de sapins. Il est temps pour moi de rentrer car j’ai un devoir citoyen à effectuer avant 19H à la ville, comme certains disent ici.

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Encore un super week-end, reposant et enrichissant, et c’est avec bon cœur que je vais m’installer au chaud lundi matin pour ouvrir vos emails !! Merci en tous cas à JMC et sa famille. Je reviendrai très vite les voir dans cette magnifique région qu’est le perche sarthois…

Pour les sapins de Noël du forestier, rendez vous à Montmirail 72320 et suivez les panneaux. Ouvert tous les week-ends de décembre
J.M Copleutre : 06.81.24.70.70