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Pour que l’habit fasse le moine

Un article du Courrier de l’Ouest – le samedi 11/03/2017
François LACROIX francois.lacroix@courrier—ouest.com

D’une interrogation est née une idée. “Pourquoi ça devrait forcément être moche un vêtement de travail ?”, s’est dit Jean Copleutre, un jour de mai 2012. De retour en Anjou après un tour de France du compagnonnage et une dernière année à travailler le bois en Angleterre, le jeune homme a eu comme une révélation dans sa petite chambre d’étudiant, à Angers. Petit-fils d’artisans, fils d’un forestier de la Sarthe, Jean Copleutre, 26 ans, avait arrêté l’école classique en 3e pour se diriger vers le métier de menuisier.

ll avait décroché son CAP et fait son apprentissage à Angers avant de se perfectionner avec les compagnons. ll n’en a pas le titre mais quand même un nom de province, percheron. ll a toujours eu le goût des matériaux nobles et bruts. “J’ai eu envie de fournir aux artisans des vêtements traditionnels pour exercer leur métier. Ces vêtements de haute qualité étaient très mal distribué”, explique-t-il. Ainsi est née la société Largeot et Coltin qui ne sont donc pas les noms de ses deux dirigeants mais une référence aux vêtements symboliques des artisans du bâtiment.

Une photo de l'équipe de Largeot et Coltin au sein  de leurs locaux aux Garennes sur Loire

Le largeot est un pantalon créé en 1896 alors que le coltin est une veste traditionnelle. Jean Copleutre en portait pour travailler, de la belle marque française Le Laboureur. Ses vêtements étaient marrons, la couleur dévolue aux métiers de menuisier et d’ébéniste quand ceux des tailleurs de pierre sont écrus et ceux des charpentiers et des couvreurs, noirs. À chaque métier son signe de reconnaissance. “À chaque métier son identité, explique le fondateur de Largeot et Coltin, porter ce genre de vêtement, c’est se respecter, respecter son métier, respecter la clientèle et montrer son professionnalisme”.la face interne du velours.

Née sur lnternet avec quelques références, l’entreprise est en plein essor. Dédiée à une vingtaine de métiers de l’artisanat, elle distribue en particulier la marque Le Laboureur et son homologue allemande, FHB.
“Notre créneau, c’est le vêtement haut de gamme et de qualité, vintage et si possible made in France. Chez nous, le bleu de travail est banni car il est un marqueur social fort, un vêtement pas cher et peu confortable que l’ouvrier met au placard en rentrant chez lui. Au contraire, nos clients doivent être fiers de porter leurs vêtements”, précise Jean Copleutre.
La boîte donne aussi dans l’outillage haut de gamme. Trusquln de la marque anglaise Crown Hand Tools, marteau de charpentier avec manche en rondelles de cuir, batte de zingueur en hêtre de Bourgogne : Chez Largeot et Coltin, les outils sont autant de magnifiques objets de décoration.

“Ce sont surtout des outils pour la vie”, rectifie Emmanuel Péan. Tailleur de pierre de formation, conducteur de travaux durant huit ans sur des monuments historiques dans le Saumurois, le trentenaire a rejoint son beau-frère à la tête

de Largeot et Coltin l’an passé. Lui aussi est passionné par les métiers de l’artisanat. Son arrivée a coïncidé avec l’ouverture d’une boutique dans la zone artisanale de Lanserre à Juigné-sur-Loire.
Une boutique étonnante, à mille lieux des rayons de vêtements professionnels des grandes surfaces de bricolage. On se croirait plutôt dans une boutique branchée d’un centre-ville “boboïsé”. Tout y est brut et de bois. Les habits sont mis en valeur comme ils le seraient chez Jott, Fred Perry ou Scotch and Soda. Un temple pour hipsters, tel le rédacteur en chef du magazine Vice qui vient de passer commande d’un coltin en velours. Mais pas que… Chez Largeot et Coltin, les hipsters côtoient les couvreurs. Ses patrons, anciens du bois et du tuffeau, réfléchissent déjà à créer leur propre collection.